Artistes exposés : Pierrette Gonseth-Favre - France Dépraz - Rachel Kah - Philippe Cardillo
Encre, fil de fer, fibres végétales, techniques mixtes, sable et métal pour dire la vie…
Cette exposition raconte l’alliance entre la nature et les êtres vivants. Les quatre artistes à l’honneur nous rappellent qu’il nous faut, comme l’écrivait Maurice Genevoix, «une longue vie pour devenir un homme» et que l’humanité a besoin de l’éternité pour sentir, découvrir et exprimer l’harmonie préétablie, profondément enfouie dans nos mémoires, et permettre ainsi à nos existences parfois cabossées de s’arrimer solidement à la terre.
C’est dans l’atelier de Claire Jobin
que j’ai appris à tisser le fil de laine, de
coton, de soie, de lin. La haute lice fut
un apprentissage rigoureux, mais la
liberté d’esprit de Claire m’a permis de
prendre des chemins de traverse.
La découverte de sacs de blé, en toile
de jute, au fond de la grange de la
ferme familiale a changé mon lien au
tissage, en libérant mon regard. Cette
découverte m’a poussée à approfon
dir l’histoire de ces sacs: ils n’étaient
pas seulement utilitaires, mais porteurs
de vie, ils étaient inséparables de notre
humanité. Pendant 50 ans, j’ai essayé
de comprendre ce qu’ils avaient à me
dire.
Puis le fil de fer est entré dans ma vie,
je poursuis le même parcours en don
nant à voir notre enracinement.
France Dépraz, née à Lausanne en
1972, est diplômée des Beaux-Arts de
Sion et de Rouen.
Plume d’écolier et encre noire noir
cissent le papier. Lignes griffées, grat
tées, retracées, se révèlent dans de
nouvelles formes et transparences.
Les paysages et lieux accueillent des
personnages, des objets; un dialogue
s’engage entre le commun et l’intime,
l’extérieur et l’intérieur, le réel et le
symbole.
Les champs moissonnés comme
trame, renvoient à un espace parta
gé de l’humanité, cycle immuable de
l’éclosion à la récolte. Cette figuration
du domestiqué contient les menaces
et enjeux universels
Rachel Kah tutoie des matériaux bruts
tels que le sable, le béton, le zinc, la
terre, l’acier, la rouille ou la cendre. Elle
privilégie le travail de matériaux vivants,
contraignants, puissants, brutaux,
empreints d’anciennes vies, desquels
à contrario elle ne voit que la grâce et
délicatesse de l’œuvre du temps.
L’artiste crée des œuvres abstraites
à la fois rugueuses et aériennes qui
possèdent peu ou prou de couleurs.
Recherche de l’équilibre entre traces,
cicatrices et empreintes. Capture
d’une violence apprivoisée, lecture de
la vulnérabilité de l’Homme.
Elle tend à esquisser la perfection d’un
état éphémère et impalpable pourtant
contraint à perpétuelle incomplétude.
L’intention du geste s’impose. Les
matériaux se confrontent. L’instant
fugace se fige.
En préservant l’aspect organique des
végétaux, les formes et leurs textures,
j’invite le public à une contemplation
de la beauté du monde naturel, et
propose un dialogue intime avec le
paysage, redonnant à la nature sa
place centrale dans la réflexion sur
l’homme et son milieu. Chaque œuvre
est une invitation à ralentir et à obser
ver le monde sous un angle inédit et
jette un pont entre environnement et
imagination. Les vastes étendues na
turelles, qu’elles soient montagneuses,
maritimes ou boisées, deviennent des
espaces où l’homme, parfois dominé
par l’immensité, se confronte à l’incon
nu, à l’infini, face à une nature parfois
tempétueuse, souvent majestueuse,
empreinte de mystère et de sublime.